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Religion nationale la plus ancienne du Japon, le Shintô exprime un ensemble de croyances animistes reposant sur le culte de la nature.

Le Shintô est la religion indigène du Japon issue des mythes et de la vie des hommes en symbiose avec la nature. Il s'agit d'une création originale qui, contrairement aux autres religions traditionnelles, ne connaît ni fondateur ni révélation divine à travers le message d'hommes inspirés. Elle s'élabore en même temps que l'édification de l'Etat impérial avec lequel elle tisse des liens étroits. Et c'est paradoxalement un terme étranger qui sert à désigner ce culte où s'exprime le patriotisme nippon : Shintô (神道), du chinois Shen-tao, peut se traduire par "la Voie des dieux"; ce terme est officiellement employé assez tard, au XIXe siècle, afin de distinguer cette religion du Butsudô – La Voie de Bouddha... Au Japon, le Shintô est également traduit par Kami no Michi ("La Voie des Kami")

Des origines à nos joursModifier

Il est difficile de dater clairement l'apparition du culte shintô au Japon; on s'accorde globalement à dire qu'il se développe au VIe siècle avant notre ère avant de prendre son essor à la période Kofun, au IIIe siècle ap. J.C: c'est à partir de ce moment là qu'apparaissent les premiers symboles shintô que sont le miroir (八咫鏡 Yâta no Kagami), les joyaux (曲玉 / 勾玉 Yasakani no Magatama, pierre en forme de 9) et plus tard le sabre (天叢雲剣 Ame no Murakumo no Tsurugi, plus connue sous le nom de Kusanagi).

La difficulté à cerner le culte shintô des origines est due au fait qu'aucun texte n'est fixé avant la fin du VIIe siècle. En 680 cependant, le Kojiki (古事記, « Récit des Faits anciens ») présente une chronique des événements survenus depuis la Création, exposant les divers mythes et récits légendaires qui sont à la base du Shintô. A plusieurs égards cependant le Kojiki ne saurait exprimer la pensée shintô primitive, dans la mesure où de nombreux passages évoquent une traduction japonaise de concepts essentiels de la philosophie chinoise (notamment les principes féminin/masculin du Yin et du Yang à travers le couple Izanami/Izanagi)

Outre son aspect religieux, le Shintô a joué un grand rôle dans la fondation d'une dynastie impériale : à une époque où l'organisation de la société reposait sur un ordre clanique, ce culte apparaissait en effet comme un cérémonial patriotique destiné à honorer les fondateurs dynastiques, et à mettre hors de toute contestation humaine l'autorité des chefs, en particulier celle de l'empereur. Cet aspect là explique la tolérance shintoïste à l'égard des autres religions, notamment du Bouddhisme qui cohabite de manière très étroite avec le Shintô sur le territoire japonais : la « religion shintoïste » n'ayant pas à proprement parler un statut sacré, la cohabitation avec d'autres dieux n'importune pas tant que ces religions ne contestent pas la toute-puissance divine de l'Etat ou l'autorité des structures hiérarchiques en place. C'est ce qui explique les répressions sanglantes menées contre les Chrétiens qui ne s'en sont pas tenus à ces directives.

En 1868, le Shintô devient religion d'Etat avec l'arrivée au pouvoir de l'empereur Meiji. Avec la création d'une armée et d'une marine impériale, le Shintô devient un rouage essentiel du nationalisme et de la fidélité à l'empereur ; les croyances sont contrôlées et les prêtres deviennent fonctionnaires de l'Etat. Avec la défaite de 1945 cependant, le Shintô cesse brutalement d'être lié à l'Etat, et il est explicitement demandé à ce dernier d'arrêter d'intervenir dans les affaires religieuses. En 1946, le Mikado renonce définitivement à sa dignité sacrée et aux honneurs qui lui étaient rendus en conséquence. Mais cette renonciation du monarque imposée par l'occupant américain n'entame pas la ferveur des Japonais, et le Shintô regroupe encore une majorité d'adeptes, de telle sorte que, quelles que soient les autres religions pratiquées, l'âme japonaise reste intimement liée à celle du Shintô. On compte aujourd'hui plus de 100 millions de shintoïstes au Japon.

Harmonie avec la nature et panthéon shintôModifier

Réduit à sa plus simple expression, le Shintô se base essentiellement sur un culte de la nature; il exprime une croyance animiste où tout est divinisé, hommes, empereurs et héros, plantes, animaux, objets inanimés... Chacune des composantes du monde est intégrée à un grand Tout dont elle est l'un des chaînons. Aucun élément n'est concevable séparé de l'ensemble où circule l'énergie universelle. En cela, l'homme ne possède aucune individualité qui le séparerait de l'unité primordiale, et les valeurs de la communauté prédominent sur celle de l'individu.

La divinité de chacune de ces composantes se manifeste à travers le culte central des kami (神), les esprits intégrant l'essence de toute chose. Les deux kami primordiaux, Izanagi et Izanami, sont ceux qui ont fait émerger l'Archipel du chaos visqueux qui constituait le monde des origines. Ils enfantèrent les saisons, les phénomènes naturels, et les éléments dont le feu qui consuma Izanami. Celle-ci dut descendre aux Enfers (地獄, Jigoku) où elle fut livrée à la mort et la putréfaction. Izanagi tenta sans succès de la libérer ; à son retour des mondes infernaux, il traversa une rivière pour se purifier, ce qui donna naissance à Amaterasu, divinité du soleil, Tsukiyomi, divinité de la lune, et Susanoo, divinité de la mer et des océans. Les empereurs japonais sont considérés comme les descendants directs des ces kami primordiaux.

Au nombre de huit millions (« huit cent myriades »), les kami ne sont pas des dieux à proprement parler, mais s'apparentent davantage à des « surhommes » ; ils sont mortels, vivent sur l'Archipel, leur pouvoir est limité... Il existe cependant une hiérarchie entre eux, distinguant les kami nobles (Amaterasu) des kami plus humbles (ceux qui imprègnent les objets, les brins d'herbes...).

En revanche, il n'y a pas de kami qui soit entièrement malfaisant ou bienveillant : à l'image de la représentation shintô du monde, tous possèdent une personnalité ambivalente, à la fois bonne et mauvaise. Ils peuvent faire preuve de bonté tout comme ils peuvent s'offusquer contre les hommes si jamais ces derniers les traitent de manière impie : cet « esprit de violence » (荒御魂 arami-tama) qui fait contrepoids à leur bonté doit être neutralisé à travers un certain nombre de rites. Il faut ainsi les distinguer des yokaï (妖怪 monstres) des oni (鬼 démons), et des yureï (幽霊 fantômes) qui n'ont pas le statut de kami.

La pratique du culteModifier

Cette crainte mêlée de respect par rapport aux kami donne lieu à d'importants rituels de purification qui sont un élément essentiel de la culture shintoïste. La pureté intérieure et extérieure exprime la simplicité de l'existence à travers l'harmonie avec la nature ; elle manifeste également la piété du fidèle qui pénètre dans le domaine des kami. Les torii, hautes portes placées à l'entrée des temples, de même que les cordages shimenawa réhaussés de goheï (bandes de papier découpé) sont autant de signes délimitant le territoire des kami de celui des hommes. Ces sanctuaires shintô sont souvent des éléments naturels, tels que des arbres, des rochers, des rivières ou des montagnes, dont la purification doit être renouvelée tous les 20 ans. 

Le fidèle, avant d'accomplir un rituel, doit ainsi se purifier de la souillure du monde. Au Japon, on a coutume de penser que les divers maux qui s'abattent sur la communauté (祟り tatari, châtiment) sont envoyés par des kami offensés par les mauvaises actions (罪 tsumi) et la souillure (汚れ kegare, causée notamment par la mort, l'enfantement, les menstruations, la maladie, mais qui traduit toute forme d'état d'impureté). A noter que les kami peuvent eux-mêmes êtres touchés par un tatari et le transmettre aux hommes.

Il existe plusieurs rites de purification dont le plus célèbre est harae (祓), qui s'exprime à travers des ablutions (禊 misogi, rappelant le bain d'Izanagi à la sortie des Enfers) et des rituels de repentance. L'o-harae est une cérémonie publique célébrée le plus souvent en Juin et en Décembre, ainsi que pendant les festivals ou après une catastrophe, afin de purifier la communauté. Durant cette cérémonie, le prêtre agite une branche de sakaki (榊 arbre sacré) au dessus de la tête des fidèles afin que ces derniers soient débarrassés de la pollution et puissent renouer des relations harmonieuses avec l'extérieur.

Les prêtres shintô, en tant que messagers des kami et des hommes, sont le plus souvent en charge de ces rituels, mais le croyant peut également se purifier grâce aux fontaines d'eau claire placée à l'entrée des temples : on se lave la bouche, les mains et parfois les pieds avant de s'adresser aux kami. Une fois purifié, le fidèle tape dans ses mains ou fait teinter une cloche afin d'attirer leur attention, et leur faire une offrande.

Dans l'univers des manga, de nombreuses références sont faites à ces pratiques, au concept de tatari et à la purification. Le plus bel exemple est donné par le film d'animation de Miyazaki, Princesse Mononoke, qui est un hymne aux croyances shintoïstes. On y retrouve le concept de châtiment divin transmis à l'homme, de purification par l'eau, ainsi que de nombreuse références aux éléments animistes et chamaniques qui imprègnent la culture shintô. Plus récemment, Makoto Shinkai a revisité le mythe d'Izanami et d'Izanagi dans son film Hoshi o ô Kodomo, récit d'une quête au delà de la mort en terre sacrée.

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