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Au Japon, le 3 février est le jour de la fête de Setsubun, une cérémonie importée de Chine durant laquelle les habitants chassent les démons à coups de haricots grillés !

Setsubun (節分) est une fête nationale japonaise qui célèbre l'arrivée du printemps. Initialement créée en Chine puis importée au Pays du Soleil Levant, celle-ci suit l'ancien calendrier lunaire et survient tous les ans, le 3 février. À cette occasion, les Japonais suivent la tradition du Mame-maki (豆撒き), littéralement le "lancer de haricots", une coutume qui chasserait les démons.

À l'origine, une fête pour célébrer le passage à une saison nouvelleModifier

On trouve les premières origines de la fête de Setsubun au VIIIe siècle, à l'époque de Nara. À la base, il existait quatre fêtes distinctes de Setsubun. En effet, si le 3 février actuel marque l'arrivée du printemps, autrefois, on célébrait chaque passage à une nouvelle saison, soit quatre célébrations de Setsubun sur une année. Introduite dans un premier temps au sein de la cour impériale comme une cérémonie d'exorcisation, c'est durant la période Heian, du IXe au XIIe siècle, que celle-ci prend de nouvelles formes. Là, on compte deux manières différentes de perpétuer la coutume : du côté des nobles, au palais, on chasse les démons à l'aide d'arc et de flèches pour s'apporter la bonne fortune pour la saison à venir tandis que du côté des moines, dans les temples, on les fait fuir en leur lançant des haricots de soja. Il faut attendre la période d'Edo (1603 – 1868) pour que la cérémonie se démocratise un peu partout au Japon et prenne la forme qu'on lui connaît aujourd'hui.

Le Mame-maki, un rituel pour éloigner les démonsModifier

L'une des coutumes les plus connues durant Setsubun et celle qui tient ses racines dans les origines les plus anciennes de la célébration est ce que l'on appelle au Japon le Mame-maki (豆撒き), une expression formée à partir du mot maku (撒く, "semer") et mame (豆, "graine de haricot") que l'on peut traduire en français par "lancer de haricot". Ça sonne comme un sport olympique et pourtant, c'est ce qui nourrit chaque année au 3 février l'ensemble du Pays du Soleil Levant ! Aujourd'hui, dans les villes et les villages, les habitants japonais ne peuvent célébrer Setsubun sans penser "haricots de soja".

Selon la tradition, les Japonais se mettent aux fenêtres de leur maison avec une petite boîte de bois remplie de graines de haricots de soja et les lancent dehors en criant « Oni wa soto ! Fuku wa uchi ! » (鬼は外、福は内), une formule que l'on peut traduire en français par « Dehors les démons ! Dedans la fortune ! », qui chasserait les démons (oni) qui chercheraient à nuire à la famille et attirerait la chance au sein de la maison. Autrefois, c'était le chef de la maison, le père, qui effectuait le rituel, mais au vu de l'aspect ludique de celle-ci, aujourd'hui, c'est toute la famille qui s'y colle, et plus particulièrement les enfants (lancer des haricots, c'est amusant) ! Une coutume prise au sérieux qui dépasse même le cadre familial puisque lors de la fête de Setsubun, nombreux sont les Japonais qui se réunissent aux temples pour pratiquer le Mame-maki en groupe.

Lors de la fête de Setsubun, il n'est pas rare de croiser quelques démons dans les rues. Certains temples organisent même des lancers de haricots symboliques sur des acteurs, alors déguisés et masqués tels des mauvais esprits. Dans les écoles, il arrive également que l'on organise une chasse aux démons pour les enfants.

Dans beaucoup de régions, une fois que l'on a lancé toutes ses graines de haricots, la tradition veut que l'on les ramasse et que l'on en mange le nombre correspondant à son âge. Pour aller plus loin, certains Japonais se permettent même de manger un haricot supplémentaire pour être encore plus fort pour l'année, notamment face aux maladies.

Ehōmaki, un maki long pour être heureux toute l'année !Modifier

Une autre tradition très répandue durant le Setsubun, beaucoup moins mystique cette fois, est de manger un maki long, alors appelé ehōmaki (恵方巻き). Venue tout droit de la préfecture d'Aichi, cette coutume singulière également appelée marukaburizushi (丸かぶり寿司) consiste à préparer un makizushi sans le découper. Au soir de Setsubun, on le mange alors en famille, silencieusement, ce qui permettrait d'apporter sur soi le bonheur pour toute l'année. Il faut savoir qu'au Japon, manger un maki en rouleau sans l'avoir préalablement découpé en tranches est malpoli. Si pour beaucoup de Japonais ce rituel se veut respectueux et de bonne augure, pour les enfants, c'est très amusant d'en profiter pour outre-passer un peu les bonnes manières !

Cette pratique beaucoup plus récente a été introduite à la fête du Setsubun dans les années 1970 par l'association Oska Nori avant d'être propulsée en 1998 par une campagne publicitaire de l'enseigne Konbini qui, à l'époque, mit en vente un rouleau de maki complet, qu'elle appela alors "ehōmaki". Depuis, le nom a été adopté dans l'ensemble du pays et a inspiré la tradition, tant est si bien que dans les supérettes japonaises sont désormais vendus des maki en rouleau.

Une journée de fête nationale, des rituels variésModifier

Setsubun est une fête très appréciée des Japonais ; c'est un moment amusant pour se retrouver en famille et fêter en quelque sorte la nouvelle année. Aux quatre coins du pays, c'est l'occasion de festoyer et de s'essayer à divers rituels. D'ailleurs, le Mame-maki et la "dégustation de rouleau de maki" sont les plus répandus mais il existe de nombreux autres rites. Plusieurs talismans placés devant une portée d'entrée Plusieurs talismans placés devant une portée d'entrée Dans certaines maisons japonaises par exemple, il est coutume de pratiquer le hiragi iwashi (柊鰯) : on coupe une tête de sardine et on l'accroche à une branche de houx, puis de on place le talisman sur la porte d'entrée. Cette pratique permet aux habitants de la maison de se protéger des esprits néfastes. En effet, selon les croyances, les démons auraient horreur de l'odeur très marquée de la sardine et auraient peur de se crever les yeux sur les feuilles pointues du houx ! Le hiragi iwashi serait alors une arme puissante contre les créatures malveillantes ; placé à l'entrée jusqu'en mars, les Japonais estiment qu'il permettrait de passer une année complète sans ennui. Cette croyance est très peu représentée dans les grandes villes japonaises.

Fête nationale au Japon, Setsubun accueille chaque année de nombreuses animations : représentation de théâtre japonais, stands installés dans les rues des villes, défilés, etc. Certains temples rendent même l'événement très attractif en invitant notamment des stars de la télévision, tandis que les magasins ornent leurs vitrines de porte-bonheurs et de gris-gris tous très variés, dont le prix peut parfois dépasser les milliers d'euros.

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