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Gashadokuro 136

Rendu célèbre notamment grâce au peintre Utagawa, qui l'a très bien représenté sur une estampe en 1844, le Gashadokuro est un redoutable yokai du foklore japonais qui se présente sous la forme d'un squelette géant.

Dans la mythologie japonaise, le Gashadokuro (がしゃどくろ) est une créature qui fait partie de la grande famille des Yokai, parmi laquelle on compte le kitsune, le tanuki ou encore le kappa, pour ne citer qu'eux. Parfois appelé Oodokuro (おドクロ), ce monstre plutôt populaire au Japon mais encore assez méconnu en Europe se présente sous l'allure d'un spectre squelettique géant. Le dos courbé, menaçant, on dit que son corps se compose d'os pillés sur les cadavres des personnes mortes de famine, d'où le surnom que l'on lui donne : « le squelette affamé ».

Dans certaines autres versions du mythe, le Gashadokuro est né de squelettes de personnes décédées et n'ayant pas reçu de sépulture ; souvent, il s'agit de soldats, victimes de la guerre, dont personne n'est venu réclamer le corps. Incapables de trouver le repos à cause de l'absence de rite funéraire, rongés par le remords et la colère d'avoir été abandonnés sur le champ de bataille, leurs corps en décomposition renaîtraient sous la forme de cette créature surnaturelle. Selon les croyances, il faudrait les squelettes de cent personnes décédées pour compléter la naissance d'un Gashadokuro. Cette version de la légende rapproche le Gashadokuro du yurei, une autre espèce du folklore japonais, qui désigne cette fois-ci non pas une créature mais un fantôme, traditionnellement vengeur.

Un monstre redoutableModifier

Selon la légende, le Gashadokuro, du haut de ses quelques 15 mètres, est un être redoutable, qui évolue surtout après minuit et dans les zones rurales. Là où les habitants sont les moins nombreux, le Gashadokuro rôde, à l'affût d'humains à poursuivre. Avec les os qui composent son squelette, il émet quelques claquements dont l'onomatopée se traduit en japonais comme « gachi-gachi » (ガチガチ), annonçant son arrivée, et lorsqu'il trouve une proie, il choisit de l'écraser ou de la dévorer si celle-ci ne court pas assez vite en arrachant sa tête.

En outre, le Gashadokuro possède des pouvoirs d'invisibilité. Il se sert en effet de cette faculté pour surprendre les voyageurs solitaires dans la campagne. S'il a la réputation d'être indestructible, notamment en raison de sa taille et de sa constitution, selon les croyances, le charme d'un puissant prêtre shinto devrait permettre de le conjurer.


Takiyasha la sorcière et le fantôme du squeletteModifier

La première représentation et la plus connue de la légende du Gashadokuro date de l'époque d'Edo. C'est en effet en 1844 que Kuniyoshi Utagawa (1798-1861), connu pour ses peintures de scènes mythiques et historiques, réalise l'estampe « Takiyasha la sorcière et le fantôme du squelette » ou « Souma no Furudairi » (相馬の古内裏) en japonais. Avec cette impression sur bois, Utagawa met en scène la princesse Takiyasha, fille du seigneur de guerre Taira no Masakado, invoquant un Gashadokuro pour effrayer Ooya no Mitsukuni et ses troupes ennemies. La scène se déroule au Xe siècle, ; quelques temps après la mort de son père, Takiyasha-hime continue de vivre dans le palais en ruine de Souma et doit se défendre des envahisseurs.

En 1994, la scène a été reproduite dans le film d'animation Pompoko, production du studio Ghibli dans lequel on suit la rébellion d'un petit groupe de Tanuki, dont l'habitat naturel est menacé par les hommes. On peut y voir un le célèbre spectre squelettique, positionné de la même manière que sur la gravure originale, en train de tourmenter des passants dans la rue, lors de la parade aux cent démons, Hyakki Yako.

Dans la culture populaireModifier

Si la plupart du temps, ce sont des yokai plus connus qui sont représentés dans les mangas, jeux vidéo et autres films, le Gashadokuro n'est pas en reste dans l'histoire. En raison de son apparence redoutable et de la légende qui lui colle à la "peau" (sans mauvais jeu de mot), celui-ci est souvent utilisé comme figure antipathique dans la culture populaire.

Dans le jeu Devil Summoner de la saga Shin Megami Tensei, par exemple, il incarne l'un des démons contre lesquels le personnage principal, Kuzunoha Raidou, doit se battre de manière récurrente. Dans le monde du jeu vidéo, c'est une habitude de représenter le Gashadokuro comme un monstre, voire même un boss, que le joueur doit affronter. Ainsi, on trouve des traces du Gashadokuro dans de nombreuses autres œuvres vidéoludiques : Ookami-den, Muramasa : The Demon Blade, Castlevania, Youkai Watch, Touhou…

Du côté de l'animation, là encore, le Gashadokuro n'hésite pas à s'incruster dans les films et séries japonaises, et même en Occident. L'une des représentations animées les plus connues, avec celle de Pompoko, est sans aucun doute celle que l'on peut voir dans Inu × Boku SS, adapté du manga éponyme. Dans la série, l'un des personnages, Karuta Roromiya, possède la capacité de se transformer en Gashadokuro. Le thème des yokai étant plutôt populaire dans l'animation japonaise, il n'est ainsi pas rare de croiser le Gashadokuro ici aussi.


Dans son Dictionnaire des monstres japonais, l'artiste Shigeru Mizuki (paix à son âme) consacre un article au Gashadokuro dans lequel il explique la légende et publie l'une de ses illustrations, sur laquelle on peut voir le spectre squelettique poursuivre une jeune fille en pleine campagne ; une représentation très fidèle au mythe original, qui stipule que le Gashadokuro attaque principalement en dehors des villes.

Pour honorer l'œuvre de Shigeru Mizuki, plusieurs statues de yokai ont été construites à Sakaiminato, ville natale de l'auteur. Autrefois ville portuaire réputée pour la pêche de ses crabes, la ville est aujourd'hui connue pour son avenue principale, rabaptisée "Route Shigeru Mizuki" ou "Mizuki Shigeru Road" (水木しげるロード), qui s'étend sur plus de 800 mètres et comporte 120 statues à l'effigie de quelques monstres du folklore japonais. Parmi elles, on compte celle du Gashadokuro, qui s'inspire d'ailleurs de l'illustration citée ci-dessus.

Cette attraction, qui attire chaque année près d'un million de touristes, mène au musée consacré au maître, le Mizuki Shigeru Kinenkan (水木しげる記念館).

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